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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 20:54

J'avoue ... ça fait plaisir rien que de se dire qu'on est à Rio :) Alex et moi avons réussi à y aller une semaine, bien que nous n'ayons pas eu de vacances. Les brésiliens ont seulement les vacances d'été, d'environ 2 mois, et les vacances "d'hiver" d'un mois ou un mois et demi. Mais entre les deux il y a pas mal de lundis ou mardis fériés :) Donc mardi était férié, et évidemment on fait le pont. Rajoutez à cela que le vendredi je n'ai pas cours, que jeudi mes profs n'étaient exceptionnellement pas là, et qu'on a séché -seulement- le mercredi : nous nous sommes libérés pendant une semaine. Cependant j'encourage fortement les prochains voyageurs à sécher un peu plus, ça vaut le coup de profiter de Rio et des environs. Vous aurez noté que les vacances d'été des brésiliens sont à cheval sur décembre-janvier-février ... que peut-on faire pendant ce temps libre ? Rentrer au sarkoland ? Quitte à voir des pingouins, je préfère ceux de Patagonie !

J'avoue aussi, nous y sommes allés en avion :/ En bus ç'aurait été 2 fois moins cher, mais 20 fois plus long. Il y a deux aéroports à Rio, nous avons atteri sur celui du nord et pas celui du centre ville, qui passe au dessus des fameuses plages de Cobacabana, Ipanema, au dessus du pain de sucre (pão de açúcar), avec vue sur le corcovado (cristo redentor), les îles et les plates-formes pétrolières, et je suis sûr que nous aurions dansé la samba en survolant ça :

 

http://www.globe2share.org/Users/62/800px-rio_de_janeiro_helicoptero_47_feb_2006.jpg

Rio de Janeiro - "A cidade Maravilhosa"

le crist, la plage du quartier Botafogo, le pain de sucre -et une favela sur la gauche à flanc de colline

 

Ces quatre jours à Rio étaient donc cools, un peu fous -le quartier nocturne, fatiguants -nous nous sommes reposé trois jours à Ilha Grande, et très intéressants, car j'ai vu une ville très différente de Porto Alegre :

 

Déjà, ok, le paysage est sympa quand on est à la plage car la ville est constituée de nombreuses collines et donc on a vue sur celles qui avancent dans la mer et la terre de l'autre côté (c'est le continent, en face du "sugar loaf"); si on prend de la hauteur, en allant par exple titiller le crist, la vue est très belle. Sur nombre de collines s'étalent les favelas. Voici la topographie de la ville :

 

http://www.rentanapartmentinrio.com/map_rio_de_janeiro.jpg

 

Copacabana est devenue chic dans les années 20 après la percée d'un tunnel et la construction d'un hôtel de luxe; puis ça a été le tour d'Ipanema, puis aujourd'hui la population riche préfère aller encore plus au sud. Bon, ce sont juste des plages hein, et ce n'est pas même pas super pour se baigner ! Car la ville a construit une avancée sur la mer, donc la plage commence par s'enfoncer doucement dans l'eau, puis soudainement de manière abrupte. Ainsi les vagues, assez grosses, arrivent et se cassent brutalement tout près du bord, de sorte que tu ne peux même pas plonger en dessous, tu te fais quand même remuer ! C'est pas cool, je vous le dis j'ai essayé. Et sinon, il n'y a rien à voir dans les quartiers d'Ipanema et Copacabana.

Mais une plage et un fort soleil dans une ville, c'est cool !

 

La population est différente du sud du Brésil, elle est plus noire et métissée. Il y a entre 10 et 12 millions d'habitants, mais c'est pas facile de compter ceux des favelas. C'est la 2e plus grande ville du Brésil après São Paulo (et c'est la capitale !).

 

La ville possède quelques quartiers qui ont leur style propre et sont agréables, je pense à Sta Teresa, ancien quartier d'artistes, près du centre, qui monte sur une colline. On peut y monter avec un fameux tramway, gratis si tu restes sur la margelle. Bien que le centre ai des bâtiments et rues ancien-nes, il est défiguré par des routes qui passent n'importe où. Par exemple à la praza XV, place centrale, deux routes se superposent et passent en plein milieu ... la circulation, et les transports en commun, sont encore pire qu'à Porto Alegre. Et tout est privatisé, donc si tu dois prendre 3 fois le bus pour aller à ton boulot, tu payes 3 fois.

 

http://oglobo.globo.com/blogs/arquivos_upload/2010/10/236_197-post%20Mirele.jpgMirele, habitante de Santa Teresa.

Photo de Ricardo Beliel dont nous avons vu une très belle exposition. Vous apprécierez certainement ses photos de la pampa gaúcho, ou sa galerie de démo.

 

Nous nous sommes régalés de fruits et jus de fruits tropicaux : à Rio, contrairement à PoA, il y a beaucoup de bars spéciaux jus de fruits :) -et la bouffe est moins chère. Ainsi j'ai découvert le "jus" (crème-gelée toute sombre) d'açaï, dont ils vous vantent un tas de propriétés : il serait bon autant pour la tête, pour la ligne, que pour la libido. Mais les brésiliens parlent pas mal^^

 

acai.jpg

 

D'ailleurs généralement, quand nous commandions un jus, en faisant *des phrases* en portugais, les types nous répondaient en (un mauvais) anglais ... bon, certes, nous avons des têtes de touristes et un accent (charmant :D ), mais alors que nous montrons que nous parlons portugais pourquoi ne nous répondent-ils pas en portugais ?? Ça a fini par m'énerver moi aussi ! Mais le pire, c'est que quand nous répondons -en portugais- que c'est bon, on habite au Brésil et on parle la langue, ils se mettent à parler dans un petit portugais pour les neuneus graves ! "3 reais, 3 ! Uuuun, deuuux, troiiis" (en faisant les gestes et les grimaces) Argh !!! Le pire étant la fille à notre auberge, nous lui parlions en pt, elle répondait en anglais en cherchant ses mots et s'excusant pour son mauvais anglais ... On dirait qu'ils n'assimilent pas le fait qu'un touriste puisse parler portugais -impossible. Mais cela m'arrivait aussi à Porto Alegre, où il n'y a pas de touristes.

 

Rio est une ville violente, très violente, du moins par les chiffres : 250 morts par mois selon la Croix Rouge. Le plus souvent, les gangs de trafiquants de drogue des favelas, bien que minoritaires, y imposent leur loi, et la police de Rio, la plus violente du monde, vient de temps en temps dézinguer tout ça. Alex, qui était déjà venu à Rio, m'a indiqué : "ici, sur le parvis de l'église, la police a abattu une bande de gamins des rues qui leurs jetaient des pierres." :S "Pour compenser et se payer la connivence des habitants, nécessaire à leur sécurité, les chefs du trafic se substituent à un Etat absent, en payant l'hospitalisation d'une mère de famille, ou les médicaments du petit dernier". Des milices de (anciens) flics font la même chose dans environ 80 favelas (sur plus de 900 -> dans le lot, il y en a des tranquilles !). Selon la Croix Rouge : «Cette violence a une origine historique», explique Ignacio Cano, professeur de sociologie à l’Université de Rio. «La police a été créée au XIXe siècle pour contrôler les groupes les plus pauvres, les noirs, les émigrants et pour battre les esclaves. Quand un propriétaire estimait que son esclave méritait une punition, il l’amenait à la police qui le battait et le lui rendait. Cette tradition de violence n’a pas évolué depuis près de 200 ans.»

   Quant la police descend, on compte 40 favelados morts pour 1 policier, mais surtout, 4 morts pour 1 blessé ... statistique vraiment incongrue qui signifie que "ce ne sont pas des affrontements, mais des exécutions".

 

http://3.bp.blogspot.com/_VwUpsv4ebeM/SrOyB-AuuuI/AAAAAAAABgE/L5Wa8uLsYF8/s400/Favela+Rocinha2.jpg

favela Rocinha, 150 000 habitants ... ou le double; une ville dans la ville, un centre économique, des entreprises s'y sont installées, fait venir 6000 travailleurs-ses par jour; l'offre sociale et culturelle, des associations d'habitants ou d'ONGs, est minuscule mais plus importante qu'ailleurs.

En 2007, le gouverneur de l'Etat a proposé, pour remédier à la violence, d'accroître le nombre d'avortements, prenant en exemple les naissances à la Rocinha, qualifiée de "fabrique de bandits". Vous avez dit mépris et ignorance du dirigeant politique ?!

 

http://www.twip.org/photo/south-america/brazil/photo-5477-22-08-08-18-36-02.jpg

 

20% des brésiliens vivent dans des favelas.

Pour compléter le tableau, il faudrait parler de la situation précaire des flics, de leur formation, de la corruption, de la psychose qui entretient le marché de la sécurité, des médias loins d'être indépendants qui n'aident pas, du coup de la population aisée apeurée, de la guerre donnée aux jeunes et aux jeunes noirs, mais aussi du spectaculaire recul de la pauvreté (le nombre de personnes qui vivent dans la misère est passé de 35.16% de la population en 1992 à 18.11% en 2007); bref, ce n'est pas l'objet de ce post ! Voyez mes sources.

 

A Rio, j'ai vu un gamin dormir sur le trottoir en pleine journée, plus de boulot informel qu'à Porto Alegre, mais guère plus. Même avec mon appareil photo que je sortais du sac plus souvent qu'Alex n'appréciait, je n'ai rien senti de relou (mais oui, je suis aveugle parfois ;) ). J'ai fait gaffe à mon appareil, car on m'avait vraiment, mais alors vraiment martelé des consignes de sécurité. Du coup j'ai pas pris beaucoup de photos et elles ne sont pas très bonnes, vous êtes prévenus. Mais sérieux la sécurité est un sujet relou, même à Porto Alegre, où nous n'avons pas de favelas. Ici, nous avons des "vilas", de petits quartiers pauvres, qui sont disséminés à plusieurs endroits de la ville, autant au centre qu'en périphérie (j'ai lu qu'un bénéfice important du budget participatif de Porto Alegre a été d'arrêter cette périphérisation des pauvres). Ne pas confondre avec "villa".

 

A propos de boulot informel, celui que nous voyons le plus, c'est le collecteur de cartons, ou de canettes. Ce dernier a beaucoup de travail la nuit dans le quartier de Lapa, car ... c'est assez ouf ! Il y a un max de gens dans la rue, qui profitent de la samba et du funk qui filtrent par les fenêtres des bars et clubs grandes ouvertes, en sirotant des caipirinas ou caipifrutas aux maracujas, mmh :) (le secret est de mettre un peu de lait concentré à la place du sucre). Les mœurs sont plus légères, si jamais tu le cherches tu peux embrasser rapidement. Et les brésiliens là parlent encore plus rapidement qu'à PoA, ils promettent des choses qui sont oubliées le lendemain^^ t'es vraiment leur pote le temps d'une soirée, c'est très convivial, mais le but n'est pas forcément de se revoir plus tard. A PoA les boîtes de samba ou pagode (un dérivé) sont sympa et conviviales, avec de la musique live et tout le monde qui se trémousse, mais elles sont sages comparées à celles de Rio ! A ce que j'ai vu (en seulement deux soirées), il y a plus de funk, sur lequel on danse ... différemment qu'en France !

 

Après tant de folies, il fallait bien aller se reposer ... chose faite en allant à l'Ilha Grande, une belle île pleine de forêt et de plages, petites ou grandes, très agréables. Le logement n'était pas cher (20R$ la nuit + petit déj) (26R$ à Rio, le Couch Surfing n'ayant pas marché), et s'acheter un pic-nic valait le même prix que manger dans un petit restau. Mais nous n'avons pas eu trop beau temps. On s'est balladé et on a rencontré d'autres voyageurs ... on a rencontré un jeune américain qui a laché son job, pour lequel il fricotait avec les traders et toute leur clique. Apparemment, ça gagne beaucoup de sous jeune, ces gens là ... Ainsi il a tout arrêté et voyage pendant 1 an, 1 an et demi en Amérique du Sud. On peut le féliciter de n'avoir pas apprécié son boulot, mais il n'a pas démissionné pour des raisons idéologiques, dommage. On a rencontré une irlandaise de 30 ans, en vadrouille dans le sous-continent pour 7-8 mois, gràce à l'argent gagné chez elle dans des boulots de merde. On peut l'admirer pour ses prises de décisions, mais jusqu'à quand va-t-elle continuer à voyager ? A-t-elle des points d'attache en Irlande ? Arrive-t-elle à partager ses expériences chez elle ? Ne se sent-elle pas seule ? Il y avait aussi une française qui annonce tout de go qu'elle fait le tour du monde en 6 mois en passant par l'Amérique du Sud, l'Australie et trois pays asiatiques -au moins c'est plié, puis qui s'excuse et retourne sur facebook, et qui le soir regarde une grosse production américaine sur son inséparable petit pc; mais j'ai aussi rencontré l'inverse, un mec discret, bien avenant, qui a entamé un voyage en moto de 2 ou 3 ans. Lui, il bossait aux states à profiler l'architecture de téléphones portables, un boulot non satisfaisant qu'il ne s'est pas vu continuer toute sa vie. Je m'étonne d'apprendre qu'il suit un master à distance avec l'université de Londres. Il reçoit du matériel, étudie et passe un examen une fois l'an dans un consulat anglais -je ne savais pas que c'était possible. Ainsi il prépare sa reconversion, pour laquelle il compte s'établir en Afrique, certainement du Sud. Mais n'a-t-il pas peur de ne jamais se sentir chez lui ? Il m'a répondu que ça n'avait jamais été son cas, son père étant ambassadeur indien qlq part en Afrique, il étudie en Inde dans des internats depuis l'âge de 8 ans, et habite aux Etats-Unis depuis 10 ans. Voilà; c'est toujours bon de découvrir des trajectoires et des motivations différentes.

 

Et voici la session photos rabotée mais promise (46 photos) :

 

 

 

 

 

Liens connexes :

Le site de Jay, le voyageur sympa en moto : http://jamminglobal.com/ avec des photos du Brésil, de Colombie (super !), d'Equateur, du Pérou, ...

Encore une fois, le film Tropa de Elite, intelligent et efficace sur les favelas de Rio (voir aussi La cité de Dieu, tiré du roman de Paolo Lins)

La colonisation du Brésil (ça concerne donc Rio)

Un autre blog avec infos sur Rocinha, Rio et le Brésil

Le livre Le pire des mondes possibles. De l'explosion urbaine au bidonville global, par Mike Davis, Ed. La Découverte, 2006

Et sur un urbanisme plus proche de nous : Jean-Pierre Garnier, Une violence éminemment contemporaine. Essais sur la ville, la petite-bourgeoisie intellectuelle et l’effacement des classes populaires, Ed. Agone, 2010

 

Sources :

Des citations viennent de la Red Cross

Mes infos précises et entre guillemets viennent de Lamia Oualalou, "Les guides de l'état du monde : Brésil", éd. La Découverte (dans la même collection, voir le Mexique, l'Inde, le Maroc, l'Espagne, l'Australie et l'Egypte. L'approche est géographique, historique, sociale, politique et culturelle)


http://image.evene.fr/img/livres/g/9782707156693.jpg

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Published by portovince
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